Interview avec Zeynab Nasrallah, fille de Sayed Hassan Nasrallah

Interview avec Zeynab Nasrallah, fille de Sayed Hassan Nasrallah

Nous souhaitons connaître l’avis de notre chère professeur sur une question importante et fondamentale à l’époque actuelle. Beaucoup de gens, du grand public aux élites, des partisans et membres de l’Axe de la Résistance et d’autres, imaginent qu’une fissure pourrait se créer entre le Hezbollah et la République islamique d’Iran. Cette conception est-elle correcte ou non ? Si elle est erronée, pourquoi ? Et selon vous, cette relation puissante qui existe entre le Hezbollah libanais et la République islamique d’Iran se poursuivra-t-elle après le martyre des dirigeants, c’est-à-dire l’Imam martyr Khamenei ainsi que Sayed Hassan, que Dieu les agrée tous deux ?

Bismillah al-Rahman al-Rahim. Tout d’abord, je vous présente mes condoléances à l’occasion de l’arrivée du mois de Muharram et de nos jours de deuil pour le martyre du fils de l’imam Hussein (que la paix soit sur lui).

La relation entre la République islamique d’Iran et le Hezbollah a toujours été une relation et un lien de foi et de croyance, et non une relation fondée sur les intérêts. C’est-à-dire que Sayed Hassan disait toujours : « Nous sommes, face au wali-e faqih, notre Guide. » C’était là le trait distinctif de notre relation avec la République islamique.

Peut-être beaucoup d’analyses et de pensées qui viennent à l’esprit des autres proviennent-elles du fait qu’ils n’ont pas expérimenté une telle relation. Il disait : « Ceux-là sont des esclaves face aux autres » ; c’est pourquoi ils les traitent aussi comme des esclaves et poursuivent leurs propres intérêts au prix de ces esclaves. Mais lorsque nous parlons de notre propre relation avec la Révolution islamique, nous disons que nous croyons que cette relation est fondée sur la satisfaction de Dieu le Très-Haut, l’obéissance à Dieu et la réalisation des principes et enseignements islamiques ; sur la base de cette même croyance que le fondateur de la Révolution [Imam Khomeiny], que son âme sacrée soit sanctifiée, a établie, et que Son Éminence Guide [Imam Khamenei], que Dieu sanctifie son âme noble, ont développée, élargie et actualisée.

Par conséquent, nous, si je veux parler d’un point de vue personnel, n’avons jamais douté du regard de la République islamique envers le Hezbollah, de son soutien au Hezbollah, ni du fait qu’elle pourrait écarter le Hezbollah de sa vision de l’avenir et du présent ; c’est-à-dire qu’elle dise : si mon intérêt n’est plus dans l’accompagnement du Hezbollah, c’en est fini, laissons le Hezbollah se faire tuer et combattre et je n’y prête pas attention.

La République islamique, au cours de toutes ces années, a prouvé qu’elle était le véritable soutien et le premier appui, non seulement du Hezbollah, mais de tous les groupes de la Résistance dans cet axe. Mais je crois que la République islamique, dans cette guerre, a rejeté toutes ces questions et ces pensées et y a donné une réponse claire.

Bien sûr, ces pensées ont créé une fissure à un moment donné, et certains peuvent encore en parler et dire : l’Iran vous a abandonnés, l’Iran s’est détourné de vous. Ils veulent créer une fissure entre la Résistance et l’Iran. Je crois que cette guerre a prouvé le lien puissant qui ne peut être rompu et qu’aucune condition ou situation ne peut y créer de fissure.

La raison en est aussi que maintenant l’Iran, par exemple, lorsqu’il négocie et lorsqu’il décide, le premier article de ses décisions est le Liban. Un autre pays pourrait dire : en quoi cela me concerne-t-il ? Ce qui m’importe, c’est de protéger mon propre pays, de lever les sanctions de mon pays et de me sauver moi-même de la destruction et de la mort.

Mais l’Iran ne dit pas cela. L’Iran dit : j’ai un devoir moral, de croyance et humanitaire, et au Jour de la Résurrection, on m’interrogera sur l’aide apportée à cet opprimé et à ce tué.

C’est pour cette raison que l’Iran s’efforce jusqu’à son dernier souffle d’obtenir un cessez-le-feu au Liban. C’est-à-dire que dans les négociations avec l’Iran, la question n’était pas seulement des paroles, des sentiments ou des slogans, si nous voulons l’interpréter ainsi ; mais l’Iran a agi dans la pratique et a véritablement joué un rôle très influent, grand et important dans cette question. C’est-à-dire qu’il a utilisé sa puissance pour garantir les intérêts du Liban.

Cette relation se poursuivra-t-elle ?

Elle se poursuivra ; car la Révolution islamique est fondée sur une croyance et repose sur des principes auxquels on ne peut renoncer. Nous croyons que le martyre du Guide, ce sang, a montré ses effets, et si Dieu le veut, à l’avenir aussi nous en verrons les effets de manière plus étendue ; si Dieu le veut, bientôt, ô Seigneur.

Mais nous avons cette croyance, et Sayed Hassan aussi avait consolidé en nous cette croyance que cette voie et cette approche ne s’arrêtent pas avec le martyre d’un dirigeant, aussi grand, précieux et éminent soit-il ; car c’est là la voie des Ahl-ul-Bayt (que la paix soit sur eux). La voie des Ahl-ul-Bayt (que la paix soit sur eux) ne s’est pas arrêtée avec le martyre de l’émir des croyants, l’Imam Ali (que la paix soit sur lui) et ne s’est pas non plus arrêtée avec le martyre de l’imam Hussein (que la paix soit sur lui). Au contraire, l’école de l’imam Hussein (que la paix soit sur lui) est la source et l’inspiratrice de cet esprit révolutionnaire, du sacrifice et de l’endurance.

Nous vivons actuellement dans l’ambiance de Muharram et, en même temps, avec les conditions que nous venons de traverser, au Liban nous sommes encore dans l’ambiance de la guerre. Chaque jour encore, il y a parmi nous des martyrs, il y a des disparus, des maisons sont explosées et détruites, et de vastes régions sont encore occupées.

Oui, nous ne disons pas que nous ne sommes pas fatigués ; la fatigue existe, la pression psychologique et émotionnelle existe. Mais cette pression et cette fatigue ne signifient pas que nous nous sommes affaiblis du point de vue de la foi et de la croyance, que nous nous sommes rendus et que nous soyons arrivés au point de dire : nous voulons remettre nos armes pour vivre en paix.

Les compagnons de l’imam Hussein (que la paix soit sur lui) nous ont appris : « Je ne vois la mort que comme un bonheur, et la vie avec les oppresseurs que comme source d’avilissement et de souffrance. »

Vivre avec l’avilissement dans notre pays ? L’histoire et le Coran nous ont toujours appris que les récits historiques ne sont pas seulement destinés à être racontés, mais à en tirer des leçons. L’histoire et le temps présent nous apprennent que la paix avec Israël ne mène ni au bonheur ni à la tranquillité.

C’est là ce cancer que l’imam a décrit ainsi ; nous ne serons pas tranquilles et nous n’atteindrons pas une paix réelle avant que ce cancer ne soit déraciné, et nous croyons à cette question. Son Éminence Sayed Hassan disait : « Ce Liban pour lequel nous avons offert les premiers martyrs et tous ces sacrifices ne deviendra pas israélien. »

Il faut donc couper leur espoir ; que ce soient ceux qui sont à l’intérieur du Liban ou ceux qui sont à l’extérieur ; Israël, l’Amérique et tous ceux qui battent le tambour de la paix, car ils ne sont pas prêts à faire des sacrifices et à en payer le prix.

Nous, après toutes ces années, après les dirigeants que nous avons offerts, après les martyrs, les fatigues, les sacrifices et les efforts, et après ce que les gens ont perdu de leurs biens et de leurs maisons, nous n’acceptons pas de mettre tout cela de côté simplement pour atteindre la paix.

Nous sommes les enfants d’une croyance ; nous sommes les enfants de l’école de l’imam Hussein (que la paix soit sur lui) et les enfants de Son Éminence l’Ayatollah Sayed Ali Khamenei, qui était connu pour la pensée de la Résistance et la pensée de la Révolution.

Et bien sûr, nous croyons que cette Révolution et cette pensée, si Dieu le veut, se poursuivront également avec Son Éminence l’Ayatollah Sayed Mojtaba Khamenei, que Dieu le préserve.

Avec Son Éminence l’Ayatollah Sayed Mojtaba Khamenei, que Dieu le préserve, la même voie, le même mouvement et la même pensée qui existaient auparavant se poursuivront-ils ?

Le wilayat-e faqih, comme nous l’avons dit, est fondé sur les croyances et repose sur des principes et des fondements. Il est donc tout à fait naturel que le nouveau Wali-e faqih marche dans la même voie de croyances et de principes que le wali-e faqih précédent ; car ce ne sont pas des principes personnels ou des pensées personnelles, mais ils proviennent de la religion de l’islam à laquelle nous appartenons.

Nous croyons que ce wali-e faqih, compte tenu des conditions déterminées par la jurisprudence islamique, a la compétence pour poursuivre cette voie et, si Dieu le veut, poursuivra le chemin avec la même puissance.

Ce qui a le plus apaisé nos cœurs, c’est qu’il est de la descendance de Son Éminence l’Ayatollah Sayed Ali Khamenei et que le nom de Khamenei a perduré. Gloire à Dieu : « Ils ont comploté et Dieu a aussi dirigé, et Dieu est le meilleur des dirigeants. »

Ils [les ennemis] voulaient faire de Sayed Khamenei un martyr, mais le jeune Khamenei est venu.

Si Dieu le veut, son esprit révolutionnaire existe aussi et, si Dieu le veut, il existe certainement. Nous croyons de tout notre être que cette voie se trouve sous les yeux du Maître du Temps (que Dieu hâte son réapparition) et qu’elle est certainement approuvée et guidée par lui.

Même si, à certaines périodes, les choses avancent d’une manière qui ne correspond pas à notre souhait, nous croyons que la fin et l’aboutissement de l’affaire sont l’essentiel et le fondement. Les difficultés et les épreuves existent ; les Ahl-ul-Bayt (que la paix soit sur eux) ont eu toute leur vie remplie de calamités, d’épreuves et de difficultés. Mais désespérons-nous ? Nous arrêtons-nous ?

La question est que nous avons de l’espoir et nous croyons à la promesse de Dieu le Très-Haut, et notre devoir est de nous efforcer de réaliser cette promesse divine. Nous demandons à Dieu le Très-Haut de nous accorder l’acceptation et la réussite et de nous maintenir véritablement fermes ; car nous sommes à une étape très difficile.

Le monde entier s’est mobilisé contre nous et partout il y a de la pression, et les conditions, même du point de vue spirituel et moral, sont attristantes et douloureuses.

Le martyre de Son Éminence l’Ayatollah Sayed Ali Khamenei est pour nous une chose très importante et déchirante, compte tenu du rang qu’il occupait. C’est-à-dire que nous avons appris l’amour de lui auprès de Sayed Hassan ; c’est à travers cette relation spéciale et immense qui existait que nous avons connu le rang de ce grand homme et compris qu’il était le « représentant de l’imam ».

Ainsi, son rang était si grand ; imaginez maintenant que nous l’avons perdu. Il est naturel que cet événement crée une sorte de vide et de perturbation dans notre vie et notre structure intellectuelle et spirituelle.

Mais notre devoir et notre tâche sont de voir comment nous devons, comme le formulait notre leader martyr, prendre ce sang sur nos épaules et comment accomplir le testament des martyrs en préservant ce sang qui a été versé sur le sol ; c’est-à-dire en préservant les principes, les valeurs et la croyance pour laquelle ce sang a été versé. Si Dieu le veut, j’espère que nous serons dignes d’accomplir cette tâche.

Avez-vous une phrase finale ou un souvenir de Hadj Qassem Soleimani, que Dieu lui fasse miséricorde ; de sa bonté, de sa puissance, de son courage ou de son esprit ? Et quelle était votre relation avec lui ?

Voyez, ma relation personnelle avec Hadj Qassem était telle que je ne l’ai pas beaucoup vu. En raison des conditions de sécurité de Son Éminence le Guide, il ne nous était pas possible de pouvoir nous asseoir et avoir une rencontre avec lui et Hadj Qassem.

Bien sûr, notre relation avec sa famille, y compris Zeynab Soleimani, était très bonne et proche. Mais en tant que relation personnelle avec Hadj Qassem, je ne l’ai vu que deux fois.

Mais je connaissais le très grand amour que Son Éminence le Guide avait pour lui, la relation profonde et solide entre eux, ainsi que le rang et la vertu de Hadj Qassem.

Comme nous l’avons dit, l’Iran possède une vertu et un rôle important, et il est le soutien et l’appui. Fondamentalement, Sayed Hassan insistait toujours sur cette question et aimait la rappeler : le rôle et la vertu de Hadj Qassem dans les guerres, dans la défense et dans le renforcement global de l’Axe de la Résistance.

Ainsi, même si je ne l’avais pas vu, Hadj Qassem avait malgré tout une place particulière dans ma vie ; d’autant plus que, puisque Son Éminence le Guide l’aimait, cet amour se formait naturellement aussi en nous.

Mais j’ai un souvenir que je n’oublierai jamais. La dernière fois que je l’ai vu, c’était lorsque nous étions venus en Iran avec les familles des martyrs pour rencontrer Son Éminence le Guide. La rencontre eut lieu et ensuite, très rapidement, nous sommes sortis et avons attendu que le Guide nous envoie des bagues.

À ce moment-là, Zeynab Soleimani était présente et dit : « Peut-être que papa viendra. » C’est-à-dire peut-être que Hadj Qassem viendra quelques instants plus tard et saluera tout le monde. Puis il vint vers moi et dit : « Ma tante, comment vas-tu ? » et s’enquit de mon état et de celui de ma mère.

Comme je l’ai dit, il se comportait avec toute la bonté et comme un père ; tu ne sentais pas que cet homme t’était étranger ; non, pas du tout. Il existait entre nous une relation naturelle et spontanée ; c’était vraiment ainsi.

Puis il nous a apporté les bagues de la part de Son Éminence le Guide et nous les a données.

Vraiment, Hadj Qassem est pour nous une grande perte et un grand manque, mais lui aussi, comme tous les martyrs, a triomphé, et Dieu merci. Que cela lui soit agréable.

Y a-t-il un sujet que nous ne vous avons pas posé et que vous avez en tête et que vous souhaitez exprimer ?

Je préfère exprimer ce point concernant le peuple iranien.

Nous avons parlé de la relation entre la Résistance et la Révolution islamique. Entre une nation — je ne veux pas dire le peuple libanais, mais je veux dire le peuple du Hezbollah — et le peuple iranien, il existe aussi une relation spéciale. Entre eux, il y a de l’amour, de l’amitié et un respect mutuel.

Mais dans cette guerre, vraiment, chaque fois que nous nous asseyions ensemble, nous disions : cela fait quatre mois que nous te voyons sur le terrain ; cela fait quatre mois que tu scandes des slogans. Vraiment, je n’ai pas l’intention maintenant de faire des politesses ; c’est notre parole en tant que famille et en tant que société : Ma-cha-Allah, Bravo, quel peuple qui ne se fatigue pas et ne s’arrête pas.

Vous êtes dans des conditions de guerre et dans des conditions de perte de ce grand leader. Mais comme nous le disions : maintenant, qu’est-ce qui est mieux ? Que nous pleurions et nous frappions la tête et la poitrine, ou que nous venions sur le terrain ? Fondamentalement, c’est cela, la résistance.

C’est cela qui rend l’Iran puissant : que nous ne faiblissions pas, que nous ne nous rendions pas et que nous ne laissions pas le sang de Son Éminence le Guide être gaspillé.

Non, au contraire ; tous sont venus sur le terrain. Et la grandeur de cette nation est là aussi : que, malgré la différence des groupes et la différence des croyances et des convictions — et nous savons tous qu’il existe diverses tendances — l’une des bénédictions que j’évoquais à propos de ce sang du Guide martyr, c’est précisément que ce sang a uni cette nation.

C’est pourquoi nous croyons vraiment que le peuple iranien a déjà aidé, même du point de vue matériel, avec de l’or et de l’argent, et qu’il est maintenant prêt, en tant que nation, à rester sur le terrain et à supporter le lourd fardeau de la guerre ; même si cela devait durer longtemps, Dieu sait jusqu’à quand.

Mais vous avez cette foi que nous et vous sommes dans la même tranchée et que, si Dieu le veut, nous triompherons tous ensemble ; in-cha-Allah !

29/09/2026